Deux principaux problèmes sont apparus à l’usage avec mon premier appareil sténopé : la fragilité de la boîte et des négatifs trop contrastés. Je vais m’arrêter là sur ces deux problèmes, tenter d’apporter des explication et montrer comment je les ai résolus… ou presque. Et puis comme il s’agit tout de même d’une expérience photographique je vais y joindre deux photos… Bah oui, il a dit deux photos !!!!
Du solide sinon rien…
A moins de vouloir faire de son boîtier sténopé un appareil à usage unique, ou presque, il est finalement préférable de choisir une base solide qui résistera à l’épreuve du déballage.
J’avais choisi comme première boîte un emballage de matériel informatique en carton. Le format me convenait et le carton paraissait solide. Mais, afin d’isoler mon sténopé de toute lumière parasite j’utilise de l’adhésif noir pour couvrir toutes les jointures. C’est une précaution indispensable car la moindre fuite de lumière peut voiler le papier avant même l’exposition. Le problème est que la boîte n’a pas survécu à plus de deux déballages et s’est finalement retrouvée à la poubelle…
Du papier c’est pas du film…
Le support négatif que j’ai choisi, du papier noir et blanc Ilford RC, est assez pratique mais finalement limité. Pratique car il est facile de découper des supports d’assez grande taille avec une simple paire de ciseaux et sans précautions particulière. Pratique aussi car la manipulation et le chargement se font sous une source de lumière inactinique contrairement à un film négatif qui m’obligerait à une manipulation dans le noir absolu. Mais il est limité car du papier photo multigrade ne sera jamais un vrai support négatif. Tout d’abord la sensibilité pratique est très en dessous d’un vrai négatif. A vue de nez mon papier doit être dans un équivalent 5-10 ISO (contre 400 ISO pour un film noir et blanc « standard »). Les poses sont très longues, mais ce n’est finalement pas un vrai problème : les poses longues c’est l’apanage du sténopé…
Le vrai problème est plutôt lié à la lattitude d’exposition. Ce type de support n’est pas conçu comme les films négatifs qui sont destinés à encaisser un vrai écart entre les hautes et les basses lumières. L’image négative qui ressort est très contrastée ; il n’y a pas beaucoup de modulations entre le noir le plus profond et le blanc le plus pur. Beaucoup de zones sont définitivement noires (trop de lumière reçue) ou blanches (pas de lumière reçue). Evidemment, vue l’approximation de ma méthode d’exposition (calcul de mon temps pose), je ne peux pas formellement dire que tous mes clichés ratés (il y en a… pas mal) sont dus à cette limite du papier. Mais c’est une constante tout de même à laquelle je m’attendais.
Que dois-je faire ?
Concernant la boîte, la solution a été de recycler une boîte à sucre. Elle possède les même dimensions que ma boîte originale donc pas de nouveaux calculs. J’ai récupéré la « platine sténopé » que je m’étais fabriqué et il ne me restait plus qu’à percer le couvercle de ma nouvelle boîte et peindre l’intérieur en noir mat en utilisant une bombe de peinture. Pour rappel, peindre l’intérieur de la boîte n’est pas un choix esthétique : c’est indispensable pour éviter les réflexions à l’intérieur du sténopé.
Pour le problème du contraste trop élevé du papier, j’ai récupéré d’anciens filtres Ilford Multigrade. Il s’agit de petits carrés de gélatine colorés et semi-transparents. On les utilise en labo noir et blanc avec du papier « multigrade » ou à « grade variable » afin de doser le contraste des images. Or il se trouve que le support que j’utilise est bien du papier multigrade. Ce type de papier est fait de plusieurs couches sensibles à différents rayonnements (ou couleurs de lumière pour faire plus simple). En plaçant un filtre entre la source de lumière et le papier on changer la couleur et donc le grade du papier c’est à dire sa capacité à restituer du contraste. Les filtres sont gradués de 0 à 5 par demi valeur. La valeur 5 correspond à un grade dur, une image contrastée. La transition entre le noir et le blanc est abrupte. il y a peu de valeurs de gris intermédiaire. La valeur 0 correspond à un grade doux, une image peu contrastée. Une très grande gamme de gris est restituée entre le blanc et le noir. En utilisant un filtre 0 j’ai de bonnes chances de rendre mes négatifs un peu moins contrastés. Cela ne risque pas d’améliorer la latitude d’exposition mais c’est mieux que rien.
J’ai donc découpé un petit morceau de filtre Ilford Multigrade 0 que j’ai collé juste derrière le trou du sténopé, à l’intérieur de la boîte. Le filtre n’étant pas totalement transparent j’applique une correction d’exposition pour compenser. En gros je rajoute 1/3 de temps d’exposition en plus.
Les deux vues ci-dessous ont été réalisées avec le nouvelle boîte en métal et le filtre dont je viens de parler. Le rendu s’est un peu amélioré mais il va falloir que je pense à utiliser de vrais premiers plans dans mes photographies. L’effet très grand angle du sténopé se ressent bien et des paysages comme l’Etang de Breuil plus bas manquent un peu de présence sans un point d’intérêt dans le premier plan… Les images présentées ci-dessous sont des scans de négatifs simplement ajustés en densité avec Lightroom.

Boulevard de la Chappelle / Paris - Sténopé "Boîte à sucres" - f191 - 12min

Etang de Breuil / Bourgogne - Sténopé "Boîte à sucres" - f191 - 6min
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2 Commentaires
Superbe!
Bonjour, je trouve toutes les photos de ce blog magnifiques, spécialement celles de cet article. Tu as une utilisation de la technique du sténopé à la fois particulière et réussie. Bref, je te félicité et te souhaite une bonne continuation dans ce sens !